Hiver 1961, établissement de passeports argentins
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Les passeports
Les troubles en Algérie, de
plus en plus violents, faisaient penser fin 1960, que l'indépendance
était inévitable, peut-être à bref délai
et surtout dans de très mauvaises conditions pour les résidents
français qui risquaient de se retrouver du jour au lendemain
sans la protection de l'armée française. On pouvait
craindre la vengeance des populations arabes après les exactions
de l'OAS contre les arabes.
C'est d'ailleurs ce qui s'est produit à partir du 1er juillet
1962 et qui a entraîné l'enlèvement et le meurtre
d'environ 2000 français d'origine, surtout en Oranie (à
Oran et dans tout l'intérieur de l'Oranais).
Devant ce risque, nous avons pensé que des étrangers
non français mais argentins pourraient éventuellement
être mieux protégés que les français
par les futures autorités algériennes.
Comme étant né en Argentine, je disposais de la nationalité
argentine, j'ai usé de cette possibilité de faire
établir pour moi et ma famille des passeports argentins au
consulat argentin de Paris.
L'utilité de cette précaution
était discutable, mais l'importance du risque nous a convaincu
que cette démarche, par elle même sans risque, était
à accomplir.
Claude et les 3 enfants ont quitté l'Algérie définitivement
vers la mi-mars 1962, lorsque l'indépendance a été
décidée, ce qui ne pouvait qu'entraîner de nouveaux
désordres.
Je suis rentré pour ma part en septembre 1962, après
que ma mutation à EDF ait été régulièrement
prononcée.
Entre ces 2 dates, ma situation a été délicate,
d'abord vis à vis de l'OAS qui tuait les français
convaincus de soutenir le Gouvernement. Notamment plusieurs ingénieurs
d'EGA ont dû être expédiés de toute urgence
en France, après avoir reçus des menaces précises
de l'OAS. J'aurais fort bien pu être visé, mais j'avais
réussi à conserver une discrétion complète
sur mes opinions réelles, ce qui a pu me protéger.
Puis à partir du 1er juillet, date de prise du pouvoir des
Algériens, c'est vis à vis du FLN qu'il fallait se
protéger. Les fellaghas cherchaient en effet à se
venger des pieds noirs suspects d'avoir participé à
l'O.A.S..Faire la preuve de sa non appartenance à l'O.A.S.
était évidemment difficile.
Ainsi un de mes agents technique, spécialiste radio, a été
suspecté et enlevé par les nouveaux maîtres
au début de juillet. Au bout de 2 jours, nous avons pu dans
mon service connaître l'endroit exact où il était
"retenu", dans la banlieue Est d'Alger. Avec un de mes
ingénieurs, Olivès, nous avons été dans
ce poste F.L.N. pour défendre notre agent. Il semble qu'ils
lui reprochait la présence de postes radio à son domicile.
Il a fallu discuter longuement pour montrer que son métier
à EGA expliquait la présence de ces matériels
chez lui. Assez miraculeusement, ils ont fini par relâcher
notre homme, et nous somme revenu avec lui, soulagés. Mais
cette expédition était évidemment pleine de
risques et nous savions avant de partir que nous pouvions ne jamais
revenir. Après ce 1er juillet, aucune intervention
de l'armée, de la police ou de la gendarmerie française
n'était plus autorisée. Nous étions donc totalement
entre les mains du bon ou mauvais vouloir du F.L.N., pouvoir de
fait appartenant à des chefs locaux qu'il fallait savoir
amadouer, et apprendre à leur faire confiance.
C'était une situation inquiétante et fort désagréable.
Voir en fin de page 3 lettres de Claude, datant du printemps 61,
au moment du putsch des généraux
Ci-dessous, les différents documents qui ont servi à faire établir ces passeports
Christophe
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Les documents de Christophe

Acte de naissance de Christophe, avec les légalisations

Certificat Médical de Christophe
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Les documents d'Yves

Constat de ma situation militaire en infraction à la
loi argentine

Certificat de position militaire français, pour servir
à l'assimilation dans l'armée Argentine
Lettre de Claude à sa famille
Alger, lundi 23 avril
61
Cher tous,
Voici le baroud d’honneur terminé (il s’agit du putsch des
généraux, qui a duré 4 jours depuis le 21 avril 61 et s’est
terminé en déconfiture pour les officiers qui l’avaient organisé
avec les troupes de la Légion Etrangère et certaines unités
Parachutistes). C’est ainsi du moins qu’il vaut mieux préférer
le comprendre. Nous avons suivi une partie de la nuit (celle
de la reddition des mutins et de la fuite des généraux Salan,
Zeller et Jouhaud), mais dès le rappel des Unités Territoriales
et de la Réserve (l’OAS, sentant les officiers mutinés prêt
à abandonner et à se rendre, avait ordonné la mobilisation générale
en Algérie et la convocation des Unités Territoriales, composées
principalement de pieds noirs, cela n’a bien sûr eu aucun effet,
la population pied noir n’étant pas prête dans sa majorité à
mourir pour l’Algérie Française sans le soutien d’une armée
française formée majoritairement du contingent des appelés pour
2 ans 1/2 )- le
rendez-vous était tout près de la maison – à 11h du soir (le
22 avril), Yves qui avait été y faire une reconnaissance
avait vu la gendarmerie en position de combat, et avait deviné
que celle-ci n’étant pas ralliée (au putsch) , l’armée
dissidente n’en avait plus pour longtemps (j’avais vu ce
soir là une longue colonne de blindés dela gendarmerie - des automitrailleuse type US – arrêtée
sur une grande avenue descendant de la banlieue vers le bâtiment
du Gouvernement Général – tenu par les 4 généraux du putsch
– , ils étaient sûrement en train négocier la reddition sans
combat des généraux, ce qui a été fait au petit matin du 23
avril, les blindés de la gendarmerie remplaçant les hommes du
1er régiment de parachutistes de la Légion Etrangère
qui sont rentrés dans leur caserne ; ce régiment, qui ne
comportait pas d’appelés du contingent, a été dissous et ses
officiers arrêtés, pendant que les généraux prenaient la fuite
en civil)
…d’autant plus que à Médéa l’armée
était restée gouvernementale et que la Flotte le lendemain devait
être à Alger. ( ???, je ne vois pas de quoi il s’agit,
mais la flotte était gouvernementale dans sa majorité)
Moi qui pourtant suis gaulliste par crainte du pire et amie
de l’ordre, j’avoue que de 10h à Minuit, j’étais pleine de sympathie
pour cette cause sans espoir. Le tout est bien triste. Je souhaite
que cette journée se passe bien et que les civils appelés à
la dernière minute sur le Forum (devant le GG, Gouvernement
Général) rentrent chez eux sans histoires. J’espère que
vous n’avez pas eu trop peur du coup d’état sur l’Elysée !
(le gouvernement craignait une descente des unités mutinées
sur Paris, crainte qui s’est avérée tout à fait vaine)
Cette épopée m’a semblé encore plus affreuse que les précédentes.
La vie dans l’Armée demande des engagements bien pénibles si
on n’a pas l’âme d’un mercenaire….
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Lettre de Claude à ses parents
Alger, 4 mai 61
.....
Dimanche dernier nous sommes allés dans un petit bois délicieux,
et de là nous avons gagné la mer (ce devait être au Club
des Pins, un club privé fermé, qui existe toujours pour les
riches Algérois de l’Indépendance) . Nous étions avec les
Durand et toute une bande de « gouvernementaux » (cad
des fonctionnaires du gouvernement et non des pieds noirs).
Par contre mardi je suis allée à une réunion d’ACI (action catholique
des milieux bourgeois) où tout le monde était bien ultra. Toutes
ces dames ont dit du mal de Mgr l’Archevêque qui dans une lettre
pastorale avait fait dire en pleine chaire par l’intermédiaire
du prédicateur qu'il condamnait « les égarés prêts à n’importe
quel moyen ». J’avoue qu’il avait manqué de psychologie
dans cette fameuse lettre, mais le fait est que 75% de l’assemblée
de l’église a pris la porte au moment de cette lecture – et
ces dames étaient prêtes à perdre leur âme en voulant sauver
l’Algérie.
Yves est encore en tournée…
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Lettre
de Claude à ses parents
Alger, mercredi 7 juin61
…nous sommes tous en bonne santé et l’atmosphère à Alger est bien détendue
par rapport à un mois ou deux. J’ai été contente de voir que
les généraux n’avaient pas été jugés trop sévèrement. Hier j’ai
été avec Yves à un dîner au St Georges, l’hôtel chic d’Alger,
par un entrepreneur avec les Durand et un autre entrepreneur.
Et puis on a aperçu le directeur du conseil d’administration
de l’EGA et un colonel qui a surnagé à «la Résidence»
(celle du Gouverneur Général), à toutes les tempêtes.
Ils étaient tous amusants à écouter, et cela m’a intéressée.
J’ai mangé du saumon fumé cru et je me suis régalée… et des
escalopes au foie gras......
Les Tutenuit s’en vont la semaine prochaine définitivement pour
Sens. Leurs opinions politiques sont de plus en lus grotesques
(ils étaient ultra Algérie Française…)..


























