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Simone et Jean Cordelle à Paris,à Jean Hausermann à Rosario, le 30 avril 1945, brouillon de la lettre
et du mémorandum joint
30 avril 1945
Mon cher Totoni
J’espère que nous allons pouvoir correspondre un peu plus régulièrement maintenant, nous avons bien reçu votre télégramme il y a quelques semaines et y avons répondu, cela semble bon de se rejoindre après un si long isolement. Quand pourrez vous rentrer en France ? J’ai peur que ce ne soit pas encore tout de suite étant donné les difficultés de toutes sortes qui règnent encore, mais l’espoir est dans tous les cœurs, ayons encore un peu de patience.
Il y a pourtant une question, mon vieux
Jean, sur laquelle nous voudrions bien avoir tes idées, c’est au sujet
de la propriété de Vierville. Je sais que tu t’y intéresses tout spécialement,
d’autre part je sais aussi que Maman tout en nous laissant libre de
nous arranger entre nous, désirait que la vieille maison te revienne,
nous avons donc décidé, les Chedal et nous, de te laisser la priorité
à ce sujet. Je sais bien qu’il t’est très difficile de prendre une décision
dès maintenant, mais nous voudrions au moins savoir tes idées, et si
les circonstances s’y prêtant, tu as l’intention de garder la propriété.
Dans ce cas nous voudrions acheter de notre côté acheter un petit coin
de campagne, mais nous ne pouvons rien faire avant de savoir ce que
tu veux ou peux faire. Vierville sera lourd à garder , c’est certain,
mais nous avons le grand désir que ce ne soit pas vendu, si tu ne peux
le prendre, nous ferons notre possible, les Chedal ou nous, pour qu’il
reste dans la famille. Nous t’envoyons des papiers ci-joint, qui te
donnerons une idée de la situation, les conditions économiques peuvent
changer, c’est évident, et nous comprenons que tu puisses difficilement
prendre une décision ferme, mais savoir tes idées de principeserait déjà beaucoup pour nous, et nous permettrait de faire
quelques projets. Nous avons fait l’impossible pendant 4 ans, malgré
les pires difficultés pour préserver la vieille maison, l’essentiel
est sauvé, il y a beaucoup de dégâts, mais en somme peu importants pris
chacun séparément.
Nous allons tous bien, Nicole attend son bébé pour dans 15 jours, François
n’ayant pu s’engager étant fonctionnaire, termine son école de télécommunications.
S’il n’est pas mobilisé, il a demandé le Maroc pour sa sortie en juillet.
Michel patrouille en Méditerranée, Christiane l’attend à Marseille entre
2 missions, un bébé arrivera là aussi en novembre. Yves donne le dernier
coup de collier pour le bac qui est en juin. Les parents se maintiennent,
et tous sont pleins d’ardeur au travail, il y a tant à faire pour relever
notre cher pays.
Mon cher Jean
J’espère avoir clairement exposé la question dans le mémorandum ci-joint. Depuis ma lettre du 29 janvier, nous avons obtenu la déréquisition de la propriété, Marthe y est de nouveau avec un mobilier sommaire, et nous y allons le plus souvent possible pour faire petit à petit l’énorme travail qu’il y a à faire. Si tu ne peux nous répondredirectement par avion, veux-tu nous le faire par l’intermédiaire de Tonton Emile. Au reçu de cette lettre veux-tu nous télégraphier « reçu lettres 29 et 30 »
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MEMORANDUM
Conditions d’un partage de la succession
Les estimations de l’actif de la succession qui sont indiquées ci-dessous sont naturellement révisables, d’ailleurs les conditions économiques de la France varieront encore d’ici le moment oùpourra se faire le partage. Il ne s’agit donc que de chiffres approximatifs, mais ceux qui sont indiqués permettent de se rendre compte sur un exemple concret des problèmes à résoudre.
Titres1.800.000
Propriété Vierville y compris terres3.300.000
Mobilier Vierville et Paris800.000
Dépôt Marcel (Marcel Martin ?, en Argentine)700.000
6.000.000
(pour la propriété y compris les terres, le notaire dit que sa valeur vénale actuelle est de 3.500.000à4.000.000, mais elle est comptée ci-dessus 3.300.000, pensant qu’il convient d’avantager celui qui la garderait.
En effet la part de chacun étant de 2.200.000, celui qui gardera la propriété aura reçu 3.300.000, par conséquent il devra sortir de sa poche 1.100.000 pour reconstituer la part de chacun des 2 autres. Il devra aussi, s’il veut – comme il est normal – avoir sa part de mobilier, en payer la valeur sur ses fonds personnels.
L’estimation devra supposer que les
dommages de guerre sont remboursés ; s’il n’en était pas ainsi,
la valeur de la propriété serait diminuée d’autant. Il est difficile
d’estimer dès maintenant les dommages, mais nous pensons que cela peut
être entre 500.000 et 1.000.000, et nous pensons qu’il y a de bonnes
raisons de penser qu’au moins une bonne partie sera remboursée.
Dernier élément de réflexion (illisible)
Les terres de la propriété devaient rapporter aux prix actuels environ 30.000 par an, mais les frais d’entretien et réparation ??
……illisible ……..actuellement 50 ou 60.000F par an.
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